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Intervenante :
Florence Lescoffit est enseignante d'anglais à la faculté des Sciences de l'Université Bretagne Sud.
Résumé :
Retour d'expérience sur le test de Grammarly (3 mois, étudiants M1) pour aider les étudiants à repérer et corriger leurs erreurs récurrentes en anglais. L'enseignante évoque aussi d'autres usages de l'IA (Duolingo, Copilot, Wooflash) pour l'autonomie des étudiants et sa propre préparation de cours.
Cette expérimentation s'inscrit dans la première édition de l'Appel à Manifestation d'Intérêt "Enseignement & IA génératives" 2025/2026.
Transcription :
Je suis enseignante d'anglais à la faculté de sciences à Vannes. Je m'occupe notamment des étudiants en maths et en post-statistiques, généralement en L3, M1 et M2, avec quelques exceptions.
Ma proposition était de tester l'outil Grammarly. J'avais d'abord demandé à en tester cinq ou six, puis je me suis rendu compte que c'était beaucoup — on m'a d'ailleurs dit qu'un seul, c'était déjà pas mal. J'y reviendrai un peu plus tard.
Mes étudiants ont 18 heures d'anglais par semestre : douze TD d'1h30, en groupes de 15 à 20. Les moments où je peux les accompagner de façon personnalisée sont donc rares. J'étais pourtant très frustrée : à chaque correction des devoirs écrits, généralement rendus en fin de semestre, je retrouvais les mêmes erreurs, chez les mêmes étudiants. Je me disais qu'il y avait quelque chose que je ne faisais pas bien, mais je ne peux pas être sur leur dos en permanence. S'ils ne sont pas conscients de leurs erreurs et que je n'ai pas de temps de retour individuel, ils ne peuvent pas progresser.
Mon objectif était donc de les aider à prendre conscience de leurs erreurs. Donner une note ne suffit pas : il faut qu'ils sachent ce qui ne va pas et ce sur quoi ils doivent travailler. Avec Grammarly, l'idée était de leur permettre de s'autocorriger et surtout d'ancrer la bonne formulation. Savoir qu'on a fait une erreur ne suffit pas ; il faut la comprendre, puis réécrire la bonne forme pour qu'elle s'imprime durablement.
Grammarly est un assistant de rédaction alimenté par l'IA, conçu pour améliorer la qualité de l'écrit en anglais. C'est comme un correcteur automatique de Word, mais qui va plus loin : il propose des corrections de grammaire, d'orthographe et de ponctuation, mais aussi de style, de clarté et de structure de phrase. Il existe une version gratuite (proche du correcteur de Word) et une version payante, beaucoup plus complète.
L'outil se présente sous plusieurs formes : un site web sur lequel on peut rédiger directement, et une extension installable sur son PC personnel, qui corrige alors sur toutes les plateformes. Dans le cadre de l'expérimentation, nous n'avions accès qu'à la version en ligne.
Sur des exemples de fautes typiques d'étudiants, l'outil signale par exemple qu'un mot n'est pas anglais et propose une correction, que l'on est libre d'accepter ou non. On peut vouloir écrire un mot différemment, ou insérer volontairement un mot français : le choix reste possible. Les suggestions portent aussi bien sur le vocabulaire (« permits me » → « allows me ») que sur la formulation (« it helps me to ameliorate » → « it helped me to improve ») ou l'orthographe (« a cause » → « because »).
La version payante propose également une option de rédaction par IA générative — que nous n'avons pas utilisée, ce n'était pas l'objet de l'expérimentation — ainsi qu'un détecteur de plagiat, que nous n'avons pas retenu non plus cette fois.
Nous avons disposé de trois mois de test. J'ai sélectionné les étudiants de Master 1 en informatique et en sciences des données, ainsi que les alternants en sciences des données.
Je leur ai demandé d'utiliser Grammarly pour rédiger leurs textes en anglais. Pour m'assurer qu'ils s'en servent, je leur ai donné un exercice d'application : une mini-dissertation d'environ 300 mots, à partir de cinq sujets au choix, avec introduction, deux ou trois parties et conclusion, rédigée directement dans l'outil. Ils pouvaient ainsi repérer leurs erreurs au fil de l'écriture. À la fin, trois questions les invitaient à réfléchir à leur usage : comment ils avaient trouvé l'outil, s'ils avaient compris leurs erreurs, etc. Tous n'ont pas renvoyé leurs réponses, mais la réflexion était amorcée.
Après les deux à trois mois d'essai, l'entreprise Grammarly a envoyé un questionnaire aux étudiants. Ceux qui ont répondu estiment que l'outil les a aidés à prendre confiance, à se sentir plus à l'aise à l'écrit, à comprendre leurs erreurs les plus fréquentes et à trouver la bonne structure de phrase — l'ordre des mots n'étant pas le même qu'en français.
D'après le sondage, 6 sessions sur 10 ont été améliorées grâce à l'outil et environ 25 000 suggestions ont été traitées. L'aide a porté aussi bien sur la correction grammaticale que sur la clarté du message. Un étudiant a même noté que, pour répondre au questionnaire (en anglais), il s'appuyait sur les suggestions de Grammarly — ce qui était précisément l'idée.
L'extension ne pouvait pas être installée sur les PC des salles de cours. Les étudiants devaient donc faire l'effort conscient d'aller sur le site et de se connecter — deux étapes qui freinaient l'usage. Quelques-uns l'ont malgré tout installée sur leur PC personnel et l'utilisent en permanence (j'avais accès aux statistiques d'usage). Sans ce frein, les résultats auraient sans doute été plus probants.
On peut certes soumettre un texte à ChatGPT pour le faire corriger. L'avantage de Grammarly, c'est l'extension : quel que soit le support (mail, PowerPoint, etc.), la correction est proposée directement.
En parallèle, j'ai expérimenté d'autres outils de façon plus informelle :
Pour moi, l'IA est une énorme base de données qui permet d'aller chercher idées et informations en un temps très réduit, là où il fallait auparavant des heures de recherche (sites, ouvrages, BU…). C'est un gain de temps réel, et pour les étudiants, un moyen de gagner en autonomie, faute d'heures de cours suffisantes.
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